Primaires de l'écologie, le débat

Du 15 au 23 juin 2011, les citoyens français vont pouvoir participer à la primaire de l'écologie.

Ce concours se devra d'être le moins sanglant possible, pour rappeler à chacun que la primaire n'est pas une lutte d'ambition, mais bien  un choix démocratique laissé aux français et aux militants de l'écologie entre plusieurs candidats, présentant chacun un profil militant, moral et électoral  différent.

Il n'y a pas de bons, ni de mauvais candidats. Tous ne sont que les porte-parole de nos propositions et idéologies.

La palme de la popularité, indispensable pour obtenir un score et une crédibilité notables auprès de nos rivaux et partenaires dans les échéances futures, revient évidemment à Nicolas Hulot, et à Eva Joly.

Le parcours de chacun est fort de leur éthique et de leur engagement de longue durée. Qu'il soit  associatif, politique ou professionnel. La droiture d'esprit et l'intransigeance d'Eva Joly, par les procès politico-financiers que nous lui connaissons, mettent à rude épreuve les stratégies de médiatisation des périls planétaires de Nicolas Holot, dans ses investissements professionnels et personnels pour Ushuaia, et pour sa fondation pour l'Homme et la Nature.

Il apparait clairement que le chemin politique d'Eva Joly est historique, net et sans bavure. Et que Nicolas Hulot n'a ouvert la porte à une lutte politique, engagée, encartée dirais-je, qu'en début de cette année. Son pacte écologique parlait d'un programme anti-libéral, anti-productiviste, mettant l'économie au service de la solidarité, de l'égalité, de la durabilité, de l'Homme, donc d'un programme de gauche, sans en citer le terme.

A l'heure où l'écologie politique devient comme un refuge contre la corruption, la magouille et l'opportunisme politique, il apparait clairement que le profil d'Eva Joly, avec son prix d'Intégrité décerné par Transparency International, coincide largement avec l'ensemble des valeurs du rassemblement d'Europe Ecologie, et aujourd'hui du parti coopératif Europe Ecologie Les Verts.

Face aux médias, les deux favoris sont différents, Eva plus douce, donc plus fragile, mais plus politique et Nicolas plus nature, donc plus original et plus offensif.

D'un point de vue purement électoral, ils ne reflètent également pas les mêmes opportunités. Et là-dessus, il est à regretter que l'option d'union de la gauche ne soit pas proposée aux militants de notre coopérative. Mais pas une union gratuite, une union chère et forte de nos derniers résultats aux européennes (16,3%, avec le PS à 16,5%), aux régionales (12,2%) et aux cantonales. Nous aurions pu imaginer un consensus programmatique axé sur la sortie du nucléaire et l'établissement d'une VIème République à scrutin proportionnel, et surtout un groupe parlementaire de 30 députés écologistes (au lieu des 4 d'aujourd'hui), comme l'avait suggéré Daniel Cohn Bendit.

En effet, d'après lui, l'élection présidentielle française est une élection à la c**, conçue pour évincer les minorités. Même les minorités à 15%. La France est l'un des derniers pays d'Europe à ne pas avoir poussé la démocratie jusque dans un système réellement représentatif de l'opinion des citoyens. Le Royaume-Uni vient à son tour de soummettre un référendum pour le vote alternatif à sa population le mois dernier.

Dans l'attente de ce changement, il faut s'adapter. Nous nous sommes rués sur LA place présidentielle, que d'avance nous ne gagnerons pas. Peut-être dans l'idée de parler d'écologie au moment de la principale élection du pays, mais de sévères négociations avec le Parti Socialiste auraient tout autant permis d'amener les débats aux plus hautes instances.

Le groupe parlementaire aurait été un bien meilleur remède pour la santé de notre mouvement, qu'un petit tour aux présidentielles.

Désormais, la constitution de ce groupe, et toute future négociation, reposeront sur le résultat des écologistes dans cette dangereuse élection. Nous ne pouvons courir le risque d'obtenir le même score qu'en 2007, avec 1,5% pour Dominique Voynet. La tendance sera au vote utile, au vote union, au vote barrière au Front National, au vote anti-minorités.

Si les résultats des sondages s'avèrent proches de la vérité, il apparait clairement que Nicolas Hulot est plus cher aux français qu'Eva Joly. Et la différence n'est pas des moindres, puisqu'il affiche le double des intentions de vote. Nombre de français se lassent des classiques débats DROITE/GAUCHE qui, de plus, assimilent les promesses écologistes à celles  du PS, et  à l'heure ou le centre s'est avéré la 3ème force politique, il est temps de choisir un terme alternatif à ces deux oxymores trop souvent profanées et confondues.

C'est certainement pour cela que Nicolas Hulot se démarque. Parce que 62% des gens le pensent "ni de droite, ni de gauche". 18% de gauche, et 11% de droite! Quiconque regarde pourtant son Pacte Ecologique ou son Syndrôme du Titanic avec la vision politique binaire classique peut facilement lui attribuer son camp. L'emprise de l'écologie et du social sur l'état, et le pouvoir de l'état sur l'industrie et la finance, est un idéal de gauche. Mais pas de la gauche opportuniste, dont la vision électorale et court-termiste limite les possibilités d'action. La gauche active, centrée sur une économie locale, seule solution tampon face aux désengagements des financiers internationaux si la France, et l'Europe, venaient à donner à l'état un pouvoir plus grand sur les entreprises.

Nous créons désormais un nouveau clivage : la gauche nouvelle, européenne, originale, écologiste, et la gauche conservatrice, opportuniste et en manque d'imagination.

Nous avons incarné, en amont des primaires, ce débat sur l'éthique politique au plus haut de nos instances nationales.  En effet, le dimanche 9 juin 2011, les adhérents (sans les coopérateurs, hélas) d'Europe Ecologie Les Verts ont participé à l'élection de leur bureau fédéral.

A cette occasion, deux candidats principaux, Dany et Cécile (Duflot), deux idées du parti, et deux reflets pour les primaires, Nicolas et Eva.

D'un côté, un courant plutôt conservateur, aux valeurs et statuts assez proches des Verts et de la politique à l'ancienne, qui laissent peu de prise et de pouvoir aux militants de terrain, ou au coopérateurs (associatifs, médiatiques, faux-centristes, faux-libéralistes, membres du Mouvement Ecologiste Indépendant, régionalistes...) qui rejoignent l'écologie politique de manière plus aléatoire, moins intense, plus discrète, chacun à son rythme. Bref, qui restreint la place de la coopérative, pourtant imaginée pour élargir l'écologie politique à autre chose qu'aux politiciens. Comme il était à prévoir, les coopérateurs n'ont pu prendre part à ce vote, et les encartés (anciens Verts pour la plupart) ont pu choisir à 51% leur candidate favorite. Et leur présidentiable est évidemment une femme politique reconnue, et de pointure européenne.

D'un autre côté, les grands initiateurs du rassemblement d'Europe Ecologie de 2007, Dany et José Bové imaginent un parti politique moins magouilleur, plus généreux en places et en postes, envers coopérateurs et militants bref, plus juste, qui a déjà le mérite de se différencier de la politique archaïque qui ne fait plus ses preuves. Leur préférence ne va vraissemblablement pas à un candidat ou à un autre, bien qu'un représentant de l'ouverture comme Nicolas Hulot pourrait bien amener des citoyens de divers horizons à choisir l'écologie politique comme alternative.

Pour conclure, ma position n'est pas catégorique et je trouve ce choix difficile. L'ouverture d'esprit dont fait preuve notre grand sage et poète André Cazetien en choisissant Nicolas m'amène à m'interroger sur le meilleur pour l'avenir de notre parti. Je fus la première, avec mon suppléant Alain Arraou lors des dernières élections cantonales, à choisir l'ouverture vers un écologiste indépendant des clivages politiciens droite/gauche, pour ses grandes qualités d'âme et son engagement. Il reste une étape à franchir... ou pas!

 

Pour participer à la primaire des écologistes :  http://primairedelecologie.fr/

 

Quant aux primaires socialistes, j'invite tous les sympatisants de la cause écologiste à choisir massivement Arnaud Montebourg, unique candidat favorable à la VIème République et au scrutin à la proportionnelle...

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